La nicotine en question, idées reçues et protocoles
Quoi de plus énervant que les vapo-fumeurs ? N'est-il pas rageant de voir ses proches retourner, même ponctuellement, à la cigarette alors que vous avez passé du temps à les conseiller pour bien démarrer leur passage à la e-cig ?
En règle générale, quand cela arrive, ma réaction est de dire ''augmente ta dose de nicotine''. Argument classique.
Trouver sa vape
La lecture du livre ''Aujourd'hui j'arrête – Ma vapothérapie'' de Stéphanie et Franck Castel (éd. Vape-expert) m'a beaucoup questionné sur cet argument peut être un peu trop simpliste.
Franck Castel est chercheur, Stéphanie Castel est vapoteuse et commerçante. Son métier est de vendre de quoi vapoter, mais pas seulement. Le livre est assez explicite sur la difficulté de ''trouver sa vape'' et d'être en accord parfait avec le ''taux de nicotine'' des vapoteurs. Je constate qu'elle est beaucoup à l'écoute de ses clients et leur consacre du temps en mélangeant les liquides pour trouver le bon taux. C'est tout un travail qui me laisse à penser que conseiller un fumeur sur la question de la nicotine est tout sauf simple.

Protocole ou pas
Concrètement, il n'y a pas 36 méthodes pour trouver son taux de nicotine. Généralement, nous, ex-fumeurs, ou vapoteurs en devenir, nous passons par le sempiternel test de Fagerström. Ce test qu'on trouve sur beaucoup de sites de vape, est un test pour mesurer son taux d'addiction à la nicotine et qui repose sur quelques questions. Un test quasi universel.
En boutique, quand vous débutez, on vous demande en premier lieu combien de cigarettes vous fumez par jour. Ce qui semble logique mais un peu trop simpliste selon moi.
En effet, si j'écoute mes proches j'observe que leur reprise de la cigarette est lié à un moment difficile de leur vie et à une période de stress conséquente. La nicotine n'a rien à voir la dedans. Que devient notre test de Fagerström dans cette histoire ?

Le test de Fagerström
Avant de tirer à boulets rouges sur ce test, il faut s'intéresser un peu à son histoire.
Le test de Fagerström a été décrit pour la première fois en 1978 par Fagerström sous l'appellation de questionnaire de tolérance et comportait huit questions. Il a par la suite été modifié (retrait de deux questions et modifications de deux autres) et renommé en test de dépendance à la nicotine en 1991 par Heatherton. En 2012, il a été renommé en test de dépendance à la cigarette par Fagerström sans que le questionnaire soit modifié.
Voilà ce que nous dit Wikipédia. Si le nom de ce test a changé en 1991 et que le mot nicotine y a été ajouté c'est simplement parce que l'industrie pharmaceutique s'est rapidement emparé du test de Fagerström (qui avait lui-même quelques accointances avec des labos). Un véritable kidnapping consenti pour mieux vendre tous les produits nicotinés miracles de nos pharmacie. Gomme, patch, etc. On sait depuis la véritable efficacité de ces produits digne d'un placebo...

La nicotine remise en question
Et si notre ami Fagerström a de nouveau modifié, en 2012, le nom de son test par ''Test de dépendance à la cigarette'', c'est parce que Fagerström sait, à ce moment, que ce n'est pas la nicotine seule qui est en cause dans le tabagisme. Mais là, plus personne ne s'empare de ce constat révolutionnaire. Les labos ne le suivent plus. Tiens donc...
Mais pourquoi Fagerström change t-il ainsi son fusil d'épaule ?

En 2012 le Professeur Molimard, éminent tabacologue, publie son brûlot ''Le mythe de l'addiction à la nicotine''. Une vraie claque pour le monde scientifique. Je résume. On ne peut expliquer l'addiction à la cigarette par la seule consommation de nicotine. Il faut lui associer bien d'autres facteurs. La nicotine a un effet sur la glycémie, la stimulation et aussi la relaxation. Seule, elle ne créée pas d'addiction. Bref, le monde à l'envers.
Il est plus difficile de se passer de cigarette que de se passer de nicotine.
Et ce n'est pas tout, d'autres études remettent également en cause la diabolique nicotine. Pour le chercheur Jean Pol Tassin, ce sont les additifs (IMAO) ajoutés aux cigarettes qui, associés à la nicotine, sont responsables de l'addiction. Ces additifs aux noms à rallonge viennent renforcer la sécrétion de dopamine (l'hormone de récompense qu'adore notre cerveau), ce que fait naturellement la nicotine sans que cela devienne addictif.
Il est donc plus difficile de se passer de cigarette que de se passer de nicotine.

Ce qui est certain, c'est que la majorité des recherches sur la dépendance à la nicotine sont, d'une manière ou d'une autre, financées par les groupes pharmaceutiques. Si on avance pas sur ces recherches c'est parce que cela profite bien à quelques lobbies.

Vade Retro Nicotine !
Nous comprenons désormais pourquoi la nicotine est ancrée dans les esprits depuis des décennies comme étant un mal absolu. A force de bourrage de crâne et avec le temps, nous fumes enfumés. Et nous pouvons lire des absurdités dans des journaux très sérieux sur, par exemple, la dose létale de la nicotine sur l'organisme. La dose mortelle de nicotine pour un adulte n'est pas de 30 à 60 mg de nicotine ingérées, mais de 500 à 1000 mg ingérées. « La nicotine ? C'est le diable ! Je le sais, je l'ai lu sur internet ».

Dédramatisons un peu
Avec tout ça nous ne sommes pas prêt d'avoir un protocole carré, digne de ce nom pour nos apprentis vapoteurs. Des chercheurs américains tentent actuellement d'écrire un modèle mathématiques ''pour prédire la délivrance de nicotine''. Très vite ils ont été confronté au constat suivant : D'un vapoteur à l'autre, la concentration de nicotine inhalée peut varier en fonction du liquide, du matériel, et aussi du comportement du vapoteur. Hé oui, parce qu'en bonus, un vapoteur ne fait pas l'autre. L'un aura de profondes et longues inspirations. L'autre fera du ''chain-vape'' comme un petit train en pleine côte.
Avec tout ça, j'en fais quoi de mes vapo-fumeurs ?
Si la nicotine, isolée, seule, n'est guère plus toxique que la caféine (la caféine est toxique a haute dose), alors on va d'abord dédramatiser le débat.

Après tout, ce que cherche le vapoteur avant tout c'est le ''hit'' ? Je parle de la sensation en gorge, pas du taux de nicotinémie du fumeur, qui d'ailleurs, peut être atteint en vapant plusieurs minutes. Le taux de nicotine joue ici son rôle. Vaper en 18mg de nicotine n'a rien à voir avec vaper en 3 mg, faites le test vous, les anciens vapoteurs qui ont diminué leur taux de nicotine. Ça gratte la gorge !
Quelques idées au passage
Mais ce hit, on peut aussi l'avoir en choisissant des liquides à fort taux de propylène glycol et en jouant sur le voltage de la e-cig. Ce qui explique le succès des mods et des batteries à voltage variable. On peut trouver facilement la sensation de hit avec ce matériel.
On peut aussi se lâcher sur les saveurs sucrées. Et ça, les cigarettiers l'ont bien compris en ajoutant des additifs sucrés dans leur cigarettes. Le sucré renforce la sécrétion de dopamine et la sensation de récompense chère au chien de Pavlov. Voilà peut être pourquoi les saveurs sucrées des eliquides ont autant de succès chez les vapoteurs ?
Allez savoir...

La vape ? Un vrai boulot !
En attendant un vrai test, ce dont je suis sûr c'est que l'addiction à la cigarette ne peut se résumer à une question de nicotine, de dopamine où je ne sais qu'elle molécule. L'addiction se créer aussi par des facteurs psychosociaux. Le stress, les codes sociaux, etc. Et des facteurs comportementaux. Les gestes répétés associés à la fume... Ce qui rend encore plus ardu la tâche de proposer un protocole fiable. J'en abandonnerai même l'idée tant le nombre de variables dépendantes est important.

Avant toute chose, je proposerai, faute de mieux, de choisir soigneusement le matériel et le liquide qui réponde à ce besoin de ''hit'' en gorge. Puis, ne pas hésiter à vaper et vaper encore quand le besoin de cigarettes se fait sentir. Bien identifier ces moments pour comprendre leurs sens et y répondre en ajustant matériel et liquide. Plus de puissance ? Un liquide plus nicotiné ?

C'est là que l'expérience de chacun, vapoteurs et professionnels, comptera pour répondre à cette épineuse question. Si l'expérience in situ est indispensable, c'est bien dans les shops physiques que le fumeur pourra faire tous les essais nécessaires à un bon passage à la vape.
« Le vapoteur, ancien fumeur sait doser sa nicotine. »
A suivre, on a pas fini d'en parler.
Bonus : Ghyslain Armand propose une méthode intéressante pour diminuer son taux de nicotine sur le blog macigarette.fr. Ici même.

Pascal