Le blog du Petit Vapoteur

Journée mondiale sans tabac, rencontre du Dr Rouzaud, président Tabac et Liberté

31/05/2019  /   L'actu de la vape , L'actu Société/Santé/Loi

Journée mondiale sans tabac, rencontre du Dr Rouzaud, président Tabac et Liberté

Président de l'association Tabac et Liberté ainsi qu'administrateur de l'Alliance Contre le Tabac, le Docteur Pierre Rouzaud, toxicologue et tabacologue, travaille depuis de nombreuses années dans le sevrage tabagique. Rencontre. 

Présentez-vous

" Je suis toxicologue. La toxicologie m’a amené à m’intéresser au tabac parce que c’est le toxique auquel nous sommes le plus confrontés dans le monde entier. Et en plus, c’est un toxique évitable. Je ne comprends pas comment les pouvoirs publics laissent se développer le tabagisme. Ce n’est pas acceptable. Je voulais faire médecine dès le départ. J’ai obtenu un doctorat en sciences, en pharmacie, j’ai d’ailleurs tenu mon officine et ensuite, j’ai fait médecine. J’ai eu un poste à l’université, ensuite, à l’hôpital de Toulouse. J’ai rencontré dans le cadre de mon exercice de la médecine beaucoup de victimes du tabagisme. Le professeur de pneumologie qui m’a appris la pneumologie nous disait que le cancer du poumon était mortel, qu’il était lié au tabac et à l’époque, il fumait en cours ! Je ne comprenais pas pourquoi, un professeur remarquable à la faculté enseignant que le tabac fumé est dangereux puisse fumer. Il est mort d’un cancer du poumon. Et si vous allez à l’Hôpital Purpan à Toulouse, une salle porte son nom pour lui rendre hommage. Aussi, un copain avec qui j'ai fait mes études de médecine était un gros fumeur, il est aussi mort d’un cancer du poumon. Un patron que j’aimais beaucoup, professeur de rhumatologie fumait la pipe. Il est mort en ne pouvant même plus parler à cause d’un cancer du larynx. J'avais remarqué que dans les programmes de toxicologie que l'on enseigne, on ne parle pas de tabac. Il y a quelque chose qui ne va pas. Donc, je me suis intéressé au tabac. Nous avons tous un proche autour de nous qui est mort du tabac."

Quels conseils donnez-vous à vos patients qui souhaitent entrer dans une démarche de sevrage ?

" Je cible déjà leur motivation, je cherche à savoir ce qui les pousse à arrêter de fumer. Chaque individu a des motivations différentes. Certains vont penser à la naissance de leur premier enfant, aux économies réalisées… Je m’appuie sur ces motivations tout au long du suivi pour l’encourager. Rappelez-vous pourquoi vous voulez arrêter et gardez cette pensée en tête, elle vous donnera envie de poursuivre votre effort. Mon accompagnement se base aussi sur un système de récompense. Je me souviens d’un patient qui souhaitait emmener ses enfants dans un grand parc d’attractions. De manière symbolique et pour récompenser son effort, il a écrit sur chaque billet d’entrée : offert par British American Tabacco."

Selon vous, en quoi la cigarette électronique peut-elle être un outil efficace contre le tabagisme ?

" En parlant d’effort, la cigarette électronique permet d’arrêter de fumer sans contrainte. Aujourd’hui, en France, il existe 3 millions de vapoteurs et ce n’est pas dû au hasard. Avec la vape, le patient arrête spontanément. Quand on est médecin et que l’on propose à son patient des substituts nicotiniques qui ne fonctionnent pas sur lui, on se dit que l’on a tout essayé. Avant tout, c’est le patient qui choisit son substitut. Le sevrage, c’est de la motivation et du suivi. Chaque fumeur a besoin d’être accompagné. Je pose toujours cette question à chacun de mes patients : ce substitut vous fait-il du bien ? Si le substitut est insuffisant, le patient sera tenté de fumer. S’il a repris une cigarette, je lui pose trois questions : combien avez-vous allumé de cigarettes dans la journée ? Vous a-t-elle fait du bien ? L’avez-vous fumée jusqu’au bout ?  Il faut calmer le jeu avec un fumeur et ne jamais tenir un discours culpabilisant. Il est d’ailleurs tout à fait possible de combiner les patchs et la cigarette électronique. Je pense que la vape est une révolution qui a été permise par les vapoteurs eux-mêmes qui ont échangé leur propre expérience sur les réseaux sociaux. "

Dans les médias, sur les réseaux aussi, circulent des fakes news sur la cigarette électronique. Comme exemple de fake news :  la nicotine est cancérigène, la cigarette électronique augmente les risques de maladies cardio-vasculaires...

" Cette étude qui compare la santé des non-fumeurs et celle des vapoteurs portant sur les maladies cardiovasculaires colporte de fausses informations. Ils ont pris un échantillon de vapoteurs qui étaient fumeurs, bien sûr qu’ils conservent les risques qu’ils ont encourus au départ. Mais en cessant de de fumer, il n'ont plus les risques liés au tabagisme. La vape leur a enlevé les risques inhérents au tabagisme. Le problème, c’est qu’aujourd’hui la cigarette électronique dérange. Elle dérange surtout les cigarettiers. "

Que pensez-vous de l’industrie du tabac ?

" C’est une industrie qui tue. Les cigarettiers sont des criminels qui sont responsables de sept morts par heure en France. Cette industrie cherche deux choses par rapport à la cigarette électronique : soit écraser la vape indépendante ou soit, l’envahir complètement. Elle sort quelques modèles vendus dans les bureaux de tabac. Mais comment faire ami avec un bandit ? Ce n’est pas possible. Le consommateur ne doit pas se laisser duper.
Sur chaque paquet de tabac, est inscrit fumer tue. Pourquoi à votre avis ? Des personnes atteintes de cancers, malades à cause de leur tabagisme avaient commencé à attaquer les géants de l’industrie et ils ont bien sûr gagné leur procès en réparation de leurs dommages. Imaginez le coût sur le long terme ! La solution était donc toute trouvée par l’industrie du tabac : déplacer la responsabilité sur le fumeur en le prévenant bien du risque de mort qu’il encourait. Cette décharge de responsabilité, l’Etat l’a autorisée. C'est ainsi que les dommages laissés par le tabagisme restent impunis. L’Etat est très permissif vis-à-vis de l’industrie du tabac qui lui rapporte 15 milliards par an et n’envisage pas de les perdre. "

Comment dialoguez-vous avec l’Etat ?

" Je suis administrateur de l’Alliance Contre le Tabac qui regroupe la plupart des associations qui luttent contre le tabac. Cela nous permet d’avoir une autorité nationale. Elle est chargée de toutes les discussions avec l’Etat et c’est elle qui est en relation avec le Ministère de la Santé et avec Bercy. Alliance contre le Tabac possède une entrée à l’Elysée pour essayer de voir comment nous pouvons agir pour lutter contre le tabac. Mais c’est une lutte très difficile car il y des intérêts colossaux. L’Etat nous répond « on va faire », mais on ne fait rien. On demande des augmentations des prix du paquet. Seulement, une augmentation doit atteindre au moins 10% afin d’être efficace. Il y a trois ans, il a décidé deux fois 6% alors que nous avions demandé 12% d’un seul coup. Le gouvernement conduit un jeu de dupe, il gagne beaucoup d’argent grâce au tabagisme. Quand un malade meurt, c’est que quelque chose n’a pas été bien fait ou que l’on ne pouvait rien faire. On ne peut pas dire qu’il est mort guéri, c’est impossible ! En France, il y a 26% de fumeurs. En Angleterre, c’est 15%. Quand un voisin détient une technique qui réussit, il serait logique de l’adopter aussi. Pourquoi la vape n’est-elle pas mieux intégrée dans la santé publique en France ? Parce que 15 milliards de rentrée dans le budget annuel ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval ! L’Etat n’a pas une attitude normale vis-à-vis des cigarettiers. Les cigarettiers gagnent beaucoup d’argent. Ce sont les leaders sur le plan de la rentabilité. Ils en gagnent énormément, l’Etat aussi. Et on vous répond que le tabagisme coûte à la Sécurité Sociale. Le tabagisme fait aussi vivre la Sécurité Sociale. Sans tabagisme, on ferme les centres spécialisés en cancérologie, sans parler de l’industrie pharmaceutique qui rapporte également beaucoup à l’Etat. Il existe un sacré business. Pour nous les médecins, c’est la santé qui prime avant tout. Il est inacceptable de mourir à 60 ans à cause du tabac alors que nous aurions pu l’éviter. Pour moi, je le répète, c’est inacceptable. Inacceptable aussi, le manque de transparence dans la composition des cigarettes classiques. A part les cigarettiers, personne ne connaît la composition exacte d’une cigarette. Nous savons bien entendu la présence d'au moins 70 substances cancérigènes mais aussi de sucre rajouté pour fournir de l'acétaldéhyde, promoteur d'IMAO ! Les Inhibiteurs de MonoAmine Oxydase (IMAO) sont destinés à créer un effet antidépresseur relaxant et à amplifier la dépendance. L’Etat n’a jamais obligé l’industrie du tabac à informer le consommateur de la composition d’une cigarette alors qu'il l'a rendu obligatoire pour l’industrie agro-alimentaire. Vous avez donc à votre disposition un service consommateurs ou des étiquettes mentionnant les ingrédients qui sont rajoutés à tel ou tel aliment. Il n'en n'est pas de même pour ce que l'on inhale. Or, la muqueuse pulmonaire est plus fine, plus fragile, que celle dédiée à l’alimentation. Rien n’est fait pour le tabagisme alors que l’organe pulmonaire est davantage vulnérable. "

Peut-on guérir du tabagisme ?

"Oui, c’est d’ailleurs le cœur de ma profession. Mais on reste toujours fumeur. Notre carte mémoire qui est notre cerveau n’oublie pas les sensations que procure une cigarette. La cigarette est une amie pour le fumeur. Elle est là dans les bons comme les mauvais moments pour détendre et rassurer. Les pauses clopes sont vécues comme des parenthèses de bonheur. La cigarette électronique devient votre nouvelle amie qui vous soutient dans votre sevrage, en vous procurant également ce plaisir. Les autres substituts nicotiniques ne procurent pas de plaisir. Ils vous apportent seulement votre dose de nicotine. Quand un fumeur arrête le tabac, il devient ex-fumeur mais jamais non-fumeur. Il faut garder cette notion à l’esprit. On meurt du tabagisme. C'est une maladie contractée dans son enfance qui se présente sous trois formes cliniques : une forme cardiovasculaire (infarctus, AVC...), une forme cancéreuse (vessie, poumon...) ou pulmonaire (BPCO). C’est la même maladie tabagisme qui apparaît sous trois visages."

Pensez-vous que les médecins généralistes sont assez formés dans la prise en charge du tabagisme ?

" Il y a encore beaucoup de travail à faire. Pourtant, il faut prendre en main la question du tabac. C’est pourquoi, j’ai créé l’association Tabac et Liberté en 1994 dont l’une des actions est la formation des professionnels de santé au sevrage tabac.

Il y a quelques années, j’ai organisé le premier congrès de la cigarette électronique à Toulouse. Pourquoi ? Parce que je suis médecin, je n’aime pas voir mes patients mourir. Mon plaisir, c’est de voir quelqu’un que l’on peut sauver. Quand vous mettez un terme au tabagisme d’un patient, vous savez qu’il aura beaucoup moins de risques de contracter un cancer du poumon ou une autre forme clinique. Comme mon confrère le Pr Dautzenberg, nous avons tous les deux compris le potentiel de la vape. Il y a des moyens de se sevrer, le meilleur, c’est celui qui marche : la vape nous a fait faire un grand pas en avant."

 

Association Tabac et Liberté
" Créée en 1994, l’association a pour but la recherche et le développement de tous les moyens permettant de lutter contre l’intoxication tabagique et d’améliorer l’efficacité de la prévention et du sevrage médical ou non des intoxiqués. L’association a aussi pour mission de participer activement à la formation professionnelle continue afin d’assurer un réseau de médecins compétents en sevrage tabagique. "
http://www.tabac-liberte.com/tabac-liberte/lassociation/le-reseau/

 

Alliance Contre Le Tabac
" Association Loi 1901, l’Alliance pour la Santé, devenue Alliance contre le tabac en 2007, rassemble vingt-cinq associations-membres, nationales, régionales ou locales, réparties sur le territoire métropolitain, et mène une politique engagée de lutte contre le tabagisme. "
https://www.alliancecontreletabac.org/

 Claire

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