Le blog du Petit Vapoteur

Analyse de la radicalisation institutionnelle face à la vape par Jean Moiroud

28/11/2025  /   L'actu de la vape , L'actu Société/Santé/Loi

Il y a peu, Jean Moiroud, cofondateur et CEO de The Fuu et président de la Fivape, nous a partagé un article coup de poing sur la dérive actuelle de certaines grandes structures antitabac face au vapotage. Alors que les données de santé publique montrent une chute spectaculaire du tabagisme chez les jeunes, son texte pointe le paradoxe d’un système qui choisit de durcir le ton contre la vape et en particulier contre la filière indépendante plutôt que contre la cigarette elle‑même.​

Dans cette analyse, il revient sur le rebranding de l’Alliance Contre le Tabac en « Contre‑Feu », la rhétorique de « contre‑lobby » qui met dans le même sac tabac chauffé, cigarettes et vape, ainsi que l’usage de supports très émotionnels comme la BD polémique « La Vape, derrière le goût, le mensonge ». En filigrane, il interroge le risque d’une croisade idéologique qui, en amalgamant la vape indépendante à l’industrie du tabac, finit par fragiliser l’un des outils les plus efficaces de réduction des risques, au détriment des fumeurs qui cherchent une vraie porte de sortie.

Voici l'article en question écrit par Jean :

C’est un paradoxe qui interroge de plus en plus les observateurs de la santé publique. Alors que les données épidémiologiques confirment un recul historique du tabagisme en France, certaines structures traditionnelles identifiées dans le champ de la lutte antitabac semblent radicaliser leur position, non pas contre le tabac fumé, mais contre son principal concurrent : le vapotage. Cette opposition, loin de s'apaiser devant les résultats, se cristallise dans une nouvelle stratégie de communication offensive, illustrée par le changement d'identité de l'ACT en "Contre-Feu" et la diffusion de supports caricaturaux.

Pour comprendre cette dynamique, il ne suffit plus d'évoquer le “manque de recul” ou le “principe de précaution”. Il convient d'analyser comment ces institutions, confrontées à une rupture technologique qui leur échappe, tentent de redéfinir leur raison d'être, quitte à entretenir une confusion préjudiciable à la santé publique.

Décryptage du virage "Contre-Feu"

L'actualité récente marque un tournant. L'Alliance Contre le Tabac (ACT) vient d'annoncer son changement de nom pour devenir"Contre-Feu, l'alliance contre l'industrie du tabac". Ce rebranding n'est pas cosmétique ; il révèle une évolution radicale du positionnement de l'association. Traditionnellement perçue comme luttantglobalementcontre le tabac, l'association se définit désormais comme un "contre-lobby" , adoptant une rhétorique guerrière : "allumer un contre-feu", "faire tomber l'industrie".

Si l'objectif affiché de combattre les cigarettiers est louable et partagé par la quasi-totalité des parties prenantes, dont les professionnels du vapotage, la méthode pose problème. Dans sa communication officielle, Contre-Feu opère un amalgame systématique, listant les "cigarettes électroniques" aux côtés du tabac chauffé comme des outils de l'industrie pour "entretenir son marché de l'addiction". Cette posture binaire — "eux contre nous" — ne laisse aucune place à la nuance. Et surtout, elle efface délibérément l'existence dela filière indépendante de la vape qui compte pour 85 % du marché français, pour imposer un narratif unique : tout produit contenant de la nicotine serait une arme de "Big Tobacco".

Quand la caricature remplace la science

Cette radicalisation se traduit également par le choix des supports de communication. La publication récente par le CNCT et l'ACT d'une bande dessinée intitulée"La Vape, derrière le goût, le mensonge"illustre cette dérive.

En choisissant le format de la BD, ces organisationssortent du champ de la rationalité scientifiquepour entrer dans celui de l'émotion et de la simplification à outrance.

Malheureusement, cet ouvrage véhicule des informations erronées et dresse un portrait très sombre des acteurs de la vape indépendante. Cette stratégie de diabolisation a une fonction précise : elle vise àdisqualifier moralementl'adversaire. En dépeignant les professionnels de la vape non pas comme les aidants au sevrage qu’ils sont, mais comme des cyniques avides de profits, l'anti tabac institutionnel tente de reprendre le monopole de la vertu, au mépris de la réalité de terrain, vécue par les millions de fumeurs libérés du tabac avec la vape. Pour en savoir plus sur le travail réalisé en boutique spécialisée :urlr.me/S7t83X.

Le réel contre l'idéologie

Pourtant, ce narratif alarmistese heurte aujourd'hui à la réalité statistique. L'argumentaire principal de Contre-Feu et du CNCT repose sur la protection de la jeunesse et la crainte d'un "effet passerelle", postulant que la vape conduirait mécaniquement au tabagisme.

Or, cette hypothèse est invalidée par les chiffres. L'enquête ESPAD 2024 de l'OFDT apporte un démenti factuel :la part des adolescents de 16 ans fumant quotidiennement s'est effondrée, passant de16 % en 2015 à 3,1 % en 2024. Plus significatif encore, ce recul concerne l'ensemble des produits fumés, puisque l'expérimentation du cannabis a également chuté de31 % à 8,4 %sur la même période. La diffusion du vapotage n'a donc pas créé de passerelle vers le tabac ; elle a coïncidé avec une dénormalisation massive de la cigarette. Loin d'être un piège, la vape semble avoir agi comme un effet de diversion.

En continuant d'alerter sur une "épidémie" tabagique chez les jeunes qui n'existe plus dans les faits, ces institutions s'enferment dans un déni de réalité. Peut être est-ce la peur d’un avenir sans fumeurs… sans subventions ?

La peur de l'obsolescence

Comment expliquer cet acharnement face aux preuves ? Il faut oser une analyse structurelle du secteur. À l'instar de ce que les sociologues observent aux États-Unis avec la "Tobacco Control Industry", ces grandes associations dépendent, pour leur financement et leur existence médiatique, de la persistance du "péril tabac".

L'émergence d'une solution portée par un marché privé, protéiforme, non pharmaceutique et  des innovations technologiques qui évoluent rapidement constitueune menace existentielle pour leur modèle économique. Si le tabagisme est résolu par les boutiques spécialisées, la vente en ligne, l’industrie du e-liquide Made in France et le bouche-à-oreille, le rôle central des grandes campagnes de prévention para-publiques s'effondre. Le virage "Contre-Feu" peut ainsi s'analyser comme un réflexe de survie institutionnelle. En redéfinissant le combat non plus contre le tabagisme (qui baisse), mais contre "l'industrie" (concept extensible incluant la vape), l'association se fabrique un ennemi perpétuel. Cela permet de justifier des budgets et une mobilisation, même si l'ennemi désigné - la vape indépendante - est objectivement l'allié le plus efficace de la santé publique.

Le piège de l'amalgame : un cadeau fait à Big Tobacco

C'est ici que réside le paradoxe tragique de cette stratégie. En amalgamant volontairement la vape indépendante et l'industrie du tabac, Contre-Feu et le CNCTservent, in fine, les intérêts de ceux qu'ils prétendent combattre. Les demandes de régulation qu’ils formulent sont identiques à celles de Big Tobacco : interdictions d'arômes et de la vente à distance, taxes dissuasives et paquets neutres. Un comble.

Au nom d'une lutte abstraite contre "l'industrie",ils s'attaquent en réalité d'abord aux fumeursen trajectoire d'arrêt. Pour ces usagers, souvent issus des classes populaires où le tabagisme fait des ravages, l'accès à une alternative abordable et plaisante n'est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Nier le rôle des arômes, de l’accessibilité ou du prix dans la réussite du sevrage relève d'un aveuglement, voire d'un mépris de classe :on précarise davantage ceux qui tentent de s'en sortir.

Puis cette politique frappe les acteurs indépendants, dont le modèle d'accompagnement est pourtant le meilleur rempart contre le cynisme de l'industrie du tabac. Elle seule, avec ses systèmes fermés, standardisés et sa puissance financière, sera capable d'absorber de telles contraintes réglementaires.

La stratégie du "contre-lobby" risque donc d'aboutir au résultat inverse de celui escompté : détruire la filière indépendante qui a fait baisser le tabagisme, pour livrer le marché de la vape sur un plateau aux multinationales du tabac. La transformation de l'ACT en Contre-Feu et la communication agressive via des supports comme la BD polémique "La Vape, derrière le goût, le mensonge" marquent une escalade inquiétante dans la déconnexion de certaines sphères de l’antitabac institutionnel. Le pragmatisme sanitaire (réduire le nombre de morts) n’est plus une priorité, délaissé pour une croisade morale et identitaire (éradiquer toute consommation). Face aux 75 000 morts annuels du tabac, cette confusion des cibles n'est pas seulement une erreur stratégique ; c'est une faute morale qui pourrait ralentir durablement la sortie du tabagisme en France.

Lien vers l'article

Par Jean Moiroud, cofondateur et CEO de The Fuu et président de la Fivape,

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Mr Faucon

29/11/2025 11:47:11

Tous avec la FIVAPE et Jean Moiroud !!

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